Bonjour à tous,

suite à la fermeture de The Forge et à l’annonce de Vincent Baker qu’il allait mettre un terme à la période forgéenne de sa théorie, je vous propose de faire un petit bilan concernant les démarches créatives et le GNS.

Si vous avez des questions à poser ou des commentaires à faire, n’hésitez pas à les poser ici.

 

5 Responses to Discussion sur : les démarches créatives

  1. Les théories concernant les démarches créatives me permettent en tant qu’auteur, en tant que MJ, voire en tant que joueur, d’apporter une véritable cohérence dans mes pratiques du JDR.

    Je vais donner un exemple simple : dans Prosopopée, lors d’une partie d’une version qui date un peu, nous utilisions les Problèmes pour affecter le joueur de l’autre. Cela entraînait des difficultés insidieuses qui m’ont amené à devoir faire un choix : soit j’accepte que l’on puisse affecter le joueur de l’autre et dans ce cas, l’altruisme (fondamental à mes yeux dans ce jeu) devait être secondaire.

    Si je souhaitais conserver cet altruisme, je devais empêcher que les joueurs ne posent des problèmes aux personnages des autres. Dévier leur intérêt sur les problèmes que subissent les personnages secondaires.

    Voilà un exemple de l’importance d’une démarche créative.

  2. Le modèle GNS et le Big Model en général, malgré les critiques mal renseignées qui ont pu lui être faites, nous ont apporté plusieurs choses. Ils nous enseigné à faire attention à la totalité des actions qui se déroulent dans une partie, de l’organisation générale jusqu’au moindre lancé de dé en passant par la prise de parole de chacun. Ils nous enseigné qu’il peut exister des dynamiques sociales au sein d’une partie de jdr et qu’en les renforçant, les règles peuvent améliorer de manière extraordinaire l’expérience de jeu. Enfin, le modèle GNS lui-même, si on le réduit à sa plus simple expression, montre qu’il peut exister des enjeux éthiques, esthétiques et stratégiques dans une partie de jdr, et cette prise de conscience est également un pas de géant pour le jdr.

    Concernant le travail théorique de The Forge, il a montré qu’on pouvait améliorer notre pratique en prenant du recul et ouvrir des voies auxquelles la pratique traditionnelle est aveugle, grâce à cette théorisation. Il a montré que le jdr aussi peut être un sujet légitime de réflexion et de travail intellectuel, pour l’enrichir d’un vrai propos, le sortir du pauvre divertissement sans en ôter le plaisir du jeu.

    Enfin, concernant la fermeture de The Forge, je crois qu’il faut aussi le prendre comme une nécessité de proclamer notre propre indépendance par rapport à cet ancêtre commun à qui nous devons tant. La plupart des textes théoriques qui m’aident dans la conception de jdr sont les tiens. Les jeux qui m’ont le plus aidé à repenser le jdr ont été ceux développés sur silentdrift (malgré des apports importants de jeux comme Bliss Stage de Ben Lehman ou S/Lay w/Me de Ron Edwards). Les discussions qui m’ont le plus enrichi ont été avec la communauté de silentdrift. Je crois que quand nous aurons publié un nombre plus significatif de jeux, nous serons pleinement légitimes à nous revendiquer comme intellectuellement autonomes de The Forge, sans renier son héritage.
    A nous de développer un courant francophone de jdr indépendants et de dépasser ce qu’a fait The Forge ! Il y a tant de voies à explorer, à commencer par celle de donner ses lettres de noblesse intellectuelles au jdr !

    • Salut Fabien,
      je suis d’accord avec toi sur tous ces points.
      Ce qui constitue l’apport majeur de cette théorie, c’est l’idée qu’un jeu de rôle n’était pas « un univers où l’on pouvait tout faire », que l’approche d’un jeu en se spécialisant permettait d’approfondir l’expérience de jeu et également de diversifier grandement le nombre d’expériences possibles en étudiant la manière dont on joue et dont on prend plaisir. Et ce, au plus profond de l’expérience rôliste, plutôt que de se focaliser sur les goûts et les couleurs.

      Il s’agit aussi, de la part de Ron Edwards d’une tentative de réconcilier les différentes pratiques, dont il a indexé les grands courants par le GNS.
      Il donne des directions. Réduire la définition d’une démarche créative, c’est prendre le risque de ne pas optimiser l’expérience de jeu ; élargir une définition d’une démarche créative tend à empêcher d’obtenir une véritable cohérence et facilitera moins la cohésion des participants.

      Je pense qu’une démarche créative sert à permettre d’identifier ce qui, dans la conception d’un jeu, permettra de renforcer, enrichir l’expérience et ce qui s’avèrera superflu.

      Je pense que les meilleurs jeux qui ont émergé de la scène indépendante américaine (et internationale) ont été créés par les acteurs comprenant le mieux ces théories.

      Maintenant, je suis d’accord avec toi, il ne faut pas s’arrêter là, mais c’est en créant d’autres jeux et d’autres théories que l’on pourra dépasser le Big Model, qui pour moi est une base solide, ce n’est pas tant sa remise en question qui m’intéresse que d’explorer d’autres dimensions de notre activité. La synesthésie, les articles sur le réalisme, la résistance asymétrique et même le contrat social cherchent à ne pas se cantonner aux éléments de théories forgéennes préexistants, par exemple.

  3. Pour prolonger ce que tu dis, le travail théorique forgéen nous a donné des outils d’analyse critique du jdr, qui nous ont permis d’arrêter de parler d’expériences exclusivement personnelles (« moi j’avais un MJ qui… ») et de pouvoir véritablement parler de jdr en les jugeant et en expliquant concrètement pourquoi tel ou tel jeu nous semble meilleur qu’un autre.
    C’est essentiel également pour les créateurs de jeu parce que ça signifie que la qualité de la partie est déplacée du MJ vers l’auteur du jeu, en lui fournissant les outils pour y parvenir. L’auteur est remis au centre du processus créatif.
    Ca change également beaucoup de choses pour les joueurs eux-mêmes puisque la qualité d’une partie de dépend plus d’une personne (qui n’est pas toujours disponible et sur qui repose une pression énorme), mais sur un jeu (qui est toujours disponible et dont il suffit d’appliquer les règles).

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