Vampire la Mascarade est pour moi un crève-cœur, l’idée d’incarner une de ces créatures du folklore fantastique et d’explorer toutes les problématiques existentielles que l’on peut trouver dans le cinéma et la littérature, ça m’aurait fait vibrer.

Seulement voilà…

(Note : dans ce billet je spoile (beaucoup) le film, mais bon, il date de 1994, donc vous n’avez pas d’excuse.)

Où sont les relations affectives?

Les films et séries qui m’ont le plus marqué à ce jour : Dracula (oui, celui de Coppola), Entretien avec un Vampire, True Blood et Buffy contre les Vampires.

Premier constat, dans mes parties de Vampire la Mascarade, contrairement à ces quatre œuvres, pas une once de relation affective, amoureuse ou autre (pas même à sens unique). Forcément, les PJ sont des agents de la Camarilla envoyés pour enquêter sur de sombres affaires avec parfois des intrigues à ramifications. Ça laisse peu de place au développement des personnages et de leurs relations. Pire, quand on s’attachait à un PNJ, il finissait automatiquement demoiselle en détresse ou femme dans le frigo.

Dans Entretien avec un Vampire, Louis veut protéger Claudia à la façon d’un parent, quand elle, déchirée entre son âge physique et son âge psychologique, veut qu’il l’aime comme la femme qu’elle ne sera jamais. Lestat veut un compagnon et ami pour ne pas vivre l’éternité seul, mais Louis ne peut se résoudre à abandonner son humanité.

Ces relations sont bourrées d’enjeux et de tensions. Et ce sont les raisons qui meuvent les personnages, l’affect, le désir et pas seulement le calcul.

Bien sûr, VLM n’interdit pas de jouer ce genre de liens, mais ne l’ayant jamais rencontré dans nos parties (j’y ai toujours été joueur) voilà où ça m’amène :

  1. Plus de 95% des parties de JdR “classiques” que j’ai pu jouer étaient centrées sur des enquêtes ou des quêtes, avec très peu de place pour le reste.
  2. Pour obtenir autre chose, soit le joueur doit l’amener lui-même, quitte à ce que ça entre en conflit avec ce que le reste de la tablée veut faire, soit il faut des outils pour orienter le jeu dans cette direction.
  3. Si ça avait été le cas, aurions nous eu le moyen de pousser ça plus loin que des scènes sans enjeux forts ? C’est pas dit. La récupération du PNJ par le MJ dans le cadre de son scénario (demoiselle en détresse etc.) replace systématiquement la relation en enjeu externe.
  4. Les parties qui reposent sur des scénarios ne peuvent vraiment valoriser que des enjeux externes aux protagonistes, puisque le MJ n’a pas l’autorité sur l’intériorité d’un PJ (et s’il l’avait ce serait juste insupportable). Ce que les joueurs apportent comme enjeux internes sont souvent contingents ou cosmétiques. Dans les jeux forgéens, beaucoup de travail a été fait pour trouver un moyen de mettre les enjeux internes au centre des parties et de la fiction, et globalement, il s’agit d’éléments de système qui, entre les mains des joueurs, leur permettent d’explorer des thèmes et enjeux qu’ils ont eux-même choisis, c’est à mon avis l’une des plus importantes avancées de ces auteurs. L’affranchissement du scénario et du rôle autocrate du MJ y est aussi pour beaucoup, parce qu’il permet de laisser les joueurs choisir ce qui sera au cœur de l’histoire de la partie et de se focaliser dessus.

Comprenez-moi bien : je ne dis pas que toute partie classique est comme ça – après tout, j’ai des récits qui montrent que ça peut être différent – mais juste qu’elles ne m’ont jamais permis de faire autre chose (ou pas de manière satisfaisante), ni en tant que joueur, ni en tant que MJ, et pourtant il m’a été donné de jouer avec des dizaines de groupes et MJ différents.

Zéro combat

Dans nos parties de VLM, on faisait toujours face à un ou plusieurs combats (souvent programmés par le MJ), avec une importante part tactique, en guise de climax.

Dans Entretien avec un Vampire, pas de combat. L’incendie du théâtre est plus digne d’être qualifié de massacre, motivé par la vengeance suite à la mort de Claudia (enjeu interne), que de la baston à grand spectacle.

Et ça fait du bien ! Je ne suis pas un grand fan des combats chorégraphiés interminables et où entre deux tremblements de caméras les personnages échangent des coups sans véritables rebondissements ou dramaturgie.

En JdR, si un combat peut apporter des enjeux dramatiques, ceux de Vampire La Mascarade me semblent prendre les choses à l’envers.

Des personnages faillibles capables de remords

En se choisissant un compagnon d’immortalité, Lestat crée un être qui ne veut pas abandonner ses sentiments humains, refusant sa vision hédoniste et cynique de leur condition.

En engendrant Claudia, les choses vont se compliquer considérablement.

Les actes des personnages produisent des conséquences et le film s’appesantit dessus, les monte en épingle.

Louis n’aurait jamais voulu devenir immortel, il ne voulait pas que Claudia soit transformée.

Claudia elle-même n’accepte pas de rester pour l’éternité dans son corps d’enfant et ne tolère aucune frustration.

Lestat, malgré sa folie et son insouciance reste attaché à Louis et Claudia. Son manque d’humanité ne l’empêche pas de trouver ce qui lui est cher.

Armand veut que Louis devienne son compagnon (avec une tension homo-érotique palpable), pour posséder une fenêtre sur ses sentiments humains depuis longtemps envolés.

Le film questionne l’humanité de ces personnages en passe de perdre ce qui leur en reste. Et si c’est un thème avoué de VLM, j’avoue ne l’avoir jamais ne serait-ce qu’effleuré, trop occupé que j’étais à défaire des complots de mes congénères.

Aucune intrigue ne guide les personnages. De ce fait, l’histoire se tisse dans les conséquences de leurs actes et au gré de quelques rencontres.

Dans mes parties de VLM, je n’ai jamais vu de tels enjeux. Nos personnages étant des agents de vampires plus vieux qu’eux, nous n’accomplissions jamais rien d’autre que les désirs de ces PNJ. Le but étant de nous faire entrer dans une intrigue tentaculaire où nous ne maîtrisions rien.

Quant à éprouver des remords, autant dire qu’on en était très loin, parce que pour ça, il aurait fallu que nos actes aient des conséquences qui ne soient pas “réussir ou rater la mission”. Pour ça, il aurait fallu que l’on ait à défendre ce à quoi on tient, mais pour ça encore, il aurait fallu qu’on tienne à quelque chose d’autre qu’à notre jauge de points de vie.

J’ai tout de même joué quelques parties assez satisfaisantes de VLM, je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain.

Il ne suffit pas de dire “vous pouvez le faire si vous le voulez”

En tant que MJ et en tant que joueur, j’ai longtemps essayé d’aller dans cette direction avec bon nombre de jeux. Et j’avais fini par tirer un trait sur l’idée. C’est quand j’ai découvert les JdR forgéens (Dogs in the Vineyard, Polaris, Bliss Stage, Breaking the Ice pour ne citer qu’eux) que j’ai réalisé que c’était possible et potentiellement intense.

Mais pour y parvenir, il faut briser un grand nombre d’idées préconçues et tenaces dans le JdR classique.

Je ne me leurre pas, dans le milieu du JdR, ce que je recherche moi n’est pas l’approche majoritaire, mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’a pas un public. Elle n’est pas majoritaire parce qu’elle est découragée formellement par le fonctionnement d’une majorité de jeux, mais peut-être aussi pour un certain nombre de facteurs culturels : le geek se définit plus par Starwars et le Seigneur des Anneaux que par American Beauty et Macbeth. Pour autant, Entretien avec un Vampire est un film qui a beaucoup plu dans mes cercles d’amis geeks. Pourquoi donc sa structure d’histoire intéresse-t-elle moins que l’épopée classique et le polar ?

Si elle marche aussi bien au cinéma, en série et en littérature, pourquoi ne marcherait-elle pas en JdR ? D’ailleurs, les jeux forgéens que j’ai cité ont tous eu un certain succès dans la scène anglophone.

Si des jeux ne m’avaient pas montré que c’était possible et n’avaient pas tout fait pour dépasser les lieux communs sur ce que le JdR est censé faire, j’aurais sans doute beaucoup moins joué et écrit depuis dix ans.

L’ouverture à des genres qui me transportent plus, comme le drame d’Entretien avec un Vampire a redonné un souffle à ma pratique du JdR qui s’étiolait avec une furieuse impression de tourner en rond.

Pour y parvenir, les auteurs des jeux suscités ont effectué tout un travail de déconstruction des préconceptions sur le JdR. Il ne suffit pas de dire “jouez de la romance” pour que ça prenne. Il fallait donner aux joueurs des leviers pour qu’ils puissent construire des enjeux internes, les placer au centre de la partie et explorer les conséquences de leurs actes. Mais aussi dire fuck au scénario du MJ pour offrir la chance à ces enjeux internes d’être au centre de la partie. Dans VLM, le scénario, le rôle du MJ et les mécaniques, tout est une entrave à cela.

Damnés

Je n’ai pas écrit ce billet dans ce but, mais il se trouve que je suis en train de lire le JdR auto-édité (paru il y a peu) Damnés de Manon et Simon Li et j’ai très bon espoir qu’il réponde à mes attentes déçues par Vampire la Mascarade.

Notez que j’ai déjà pas mal pu explorer ces dernières années ce qui m’intéressait sur le sujet avec Les Cordes Sensibles (dont ce n’est cependant pas le thème central).

Après une partie-test Damnés, j’aurai sans doute l’occasion de revenir sur tout ça.

26 Responses to J’ai revu Entretien avec un Vampire et j’ai compris mes attentes déçues concernant VLM

  1. Je suis assez d’accord, étant donné que dans toutes mes parties de Vampire on a assez peu versé dans la romance.

    A cela quelques nuances cependant :
    – Vampire n’est finalement pas très tourné vers les scénarios, plus sur les settings avec des relations complexes entre PNJs, et le fait qu’on ait calqué dessus les habituelles (en)quêtes relève, je pense, plus du fait qu’on suivait les tendances du moment que du jeu lui-même.
    – Le manque de place pour les PJs dans les settings pré-construits relève selon moi plus d’une faute d’ergonomie que de conception globale. Une faute qui a des effets bien sûr, mais qui appelait à la compensation de la part du MJ selon l’idée que « on ne peut pas savoir ce que vos joueurs feront, alors à vous de modifier le setting selon leurs choix ».

    – Franchement, quand j’étais jeune, j’aimais bien Anne Rice mais je trouvais que ça manquait globalement de secrets, de vampires anciens badass, et même d’intrigues inter-vampires en général. Je les trouvais mous, ennuyeux, déprimants.

    Alors certes, comme tu dis, chacun sa façon de jouer, mais je pense que ce serait une erreur de fusionner scénario et intrigues par exemple, qui sont 2 modes de jeu encouragés par le système. La (en)quête classique pour le prince me semble finalement aller à l’encontre de pas mal de trucs contenus dans la gamme (et ne tenir que parce que c’était comme ça qu’on jouait au jdr à l’époque), quand la survie dans un panier de crabes (y compris avec des coups de poignards inter-joueurs) était pas mal soutenue par l’ensemble des suppléments (et était, elle, beaucoup plus rare comme mode de jeu).

    • Vivien : Eh bien, je suis franchement d’accord avec ton analyse ! Mes meilleures parties ressemblaient davantage à un réseau de PNJ avec des enjeux divergents qu’à une enquête scriptée.
      Le fait que « la façon de jouer » de l’époque aient pris le pas sur « la façon de jouer cohérentes avec le jeu », c’est au fond la raison pour laquelle dans mes game designs, je conçois les outils pour créer une cohérence dans l’expérience proposée.
      Dès lors qu’un jeu propose quelque chose qui sort des sentiers battus, il me semble avisé de l’appuyer avec des outils ou des conseils (à moins que l’auteur se foute de ce que les tables vont en faire). ^^

    • Pour être tout à fait honnête, à l’époque où je jouais à VLM, la romance ne m’intéressait pas particulièrement alors que j’avais adoré le film à la même époque. Mais j’ai rapidement essayé de créer des personnages qui sortaient un peu de l’ordinaire et qui se sont révélés systématiquement inadaptés.
      J’ai tenté plus tard et dans d’autres jeux d’explorer ces thématiques plus « internes » et les obstacles que j’ai rencontrés m’ont permis de faire le lien.

  2. VivianeNo Gravatar dit :

    J’ai fait un jour une partie de « Vampires sensibles » (Les Cordes Sensibles dans l’univers de Vampire la mascarade), ça fonctionne très bien et je crois que le résultat atteint correspond assez à ce que tu aurais aimé trouver dans VLM…

    • Viviane : Ça c’est un commentaire qui fait plaisir !
      D’après des retours d’expérience que j’ai eus ça peut valoir le coup de dégraisser l’univers de VLM pour éviter qu’il ne ferme certaines possibilités dans l’histoire (notamment les rapports de force entre les générations et l’utilisation de certains pouvoirs).
      À mes tables, on a juste pris le canon de Buffy et de True Blood et on a brodé autour. Si j’ai mis du temps à accepter qu’LCS puisse faire ça, ça fait partie de mes façons préférées d’y jouer aujourd’hui. :)

  3. Je rejoins totalement ton analyse. Ça dépend, sans doute, pas mal de la façon de jouer de chacun, bien entendu. Mais ta remarque va avec ma propre frustration de jouer à Vampire des X-Men améliorés plutôt que de vrais prédateurs maudits comme je les aime. Pour prendre pleinement conscience de la condition vampirique et pouvoir la jouer, c’est à dire jouer à ce jeu « en mode gothique », il faut certainement beaucoup d’émotion dans le jeu et de relations fortes entre les personnages. Personnellement je l’ai beaucoup plus vécu sur Esteren avec son système de Voies psychologiques ; et de scénarios basés sur les sentiments, que dans tout autre jeu. Mais comme tu le souligne, ça n’est pas révélateur des attentes d’une grosse partie du public.

    • Saint Epondyle : Merci beaucoup pour ton retour ! Intéressant de voir la façon dont tu as pu explorer ça avec Esteren.
      Tu pourrais développer un peu ton point concernant les « scénarios basés sur les sentiments » ?

  4. atanakaNo Gravatar dit :

    Très bonne analyse du jeu. :)
    D’un point de vue historique il me semble que VLM a représenté avec d’autres jeux de la même époque une étape nécessaire qui a consisté à affirmer : « Vous pouvez jouer autre chose », mais sans imaginer les mécanismes pour le faire. Et c’est parce que des rôlistes ont constaté que ce n’était pas suffisant que les réflexions de The Forge ont pu émerger et permettre ensuite la création de jeux avec de tels mécanismes.

  5. @ Frédéric > Oui, en fait je parle du système des « Arcs Narratifs » de la campagne officiel d’Esteren. A l’occasion du playtest de cette campagne longue, j’ai pu découvrir comment jouer au JdR avec un fil rouge émotionnel pour son personnage via l’arc narratif (l’amour, la vengeance, le regret etc…). Un article de débriefing massif et complet est en préparation qui paraîtra sur le blog avant la fin d’année, j’y rentrerai plus en détails. :)

  6. Doc DandyNo Gravatar dit :

    Je rejoins Vivien, en fait il y a beaucoup de choses dans Vampire qui sont né du fait d’un manque de repères pour pouvoir construire quelque chose autour des pj. Aujourd’hui Damnés fonctionne avec un canevas et, à mon avis, rempli le contrat. A l’époque de Vampire 1ere ed il n’y avait rien de tout ça même si la lecture d’un Chicago by Night te donnait de la matière pour créer des intrigues autour des personnages dans un environnement complexe.

    • Je suis d’accord DD. À propos de Chicago by Night, il semble que ça ait pas mal apporté aux parties (mais je ne jouais plus avec ce groupe quand ils ont commencé à s’en servir).

  7. EdophoenixNo Gravatar dit :

    Hello, Fréd ! (ça fait longtemps..!)

    Je ne recherche pas tout-à-fait la même chose que toi, mais je suis d’accord avec tout ce que tu dis sur le fond ; de mon côté, VLM m’avait déçu non pas à cause du manque de développement des intrigues orientés PJ, parce que j’y parvenais assez bien quand j’y jouais (peut-être que j’avais la chance d’avoir de bonnes tables qui toléraient mes frasques de diva !),
    c’est surtout le fait que la mise ne avant des intrigues (comprendre : complots) et rivalités de l’ombre inter-claniques, si elles donnent au jeu des enjeux politico-agressifs, font rater au jeu son but, qui était, à l’origine, de jouer un **damné** ; or, je trouve qu’au milieu de toutes les manipulations politiques et les combats (même en jouant des histoires personnelles centrées sur les PJ), le jeu nous fait oublier qu’on joue des damnés, justement.

    Les points de Bête – en donnant à cet aspect un côté «  »gestion » » – ne réussissent pas à nous rappeler que nous sommes des être déchus, maudits, marchant sur le fil qui sépare la folie funeste d’une aspiration à une pseudo-vie,tentant désespérément de ne pas perdre ce qu’ils ont déjà perdu (ce que tu décris très bien lorsque tu parles d’Entretien avec un Vampire… Ah..! Anne Rice…).

    Du coup, j’ai noté dans les commentaires les différentes expériences afin d’en tester quelques unes..!

    • Edophoenix : en effet ça fait un bail !
      Ce que tu décris fait en effet aussi partie de mes attentes déçues . Mais peut-on vraiment l’explorer si on n’a rien à perdre ?

  8. DamienNo Gravatar dit :

    Et bien les gars, Vampire Requieme a tenté, je dis bien tenté de redonner une dimension plus « humaine » et moins « X-Men » aux Vampires. Si on mets les Ligues de coté, l’idée est bien de jouer des immortels au gré de ses sentiments…
    Après la V2 s’est violemment rapproché de Mascarade par l’augmentation des pouvoirs des vampires, l’ajout d’un ennemi commun, le renforcement des Ligues… Pour moi Vampire a toujours été proche d’un jeu de « Mafia déguisé, avec une ambiance surnaturelle. Au mieux on peut la jouer « Les Sopranos dans le monde d’Anne Rice » à l’instar de Game of Thrones (qui est Les Sopranos dans l’univers de D&D pour certains.

    • Damien : On m’a parlé de Requiem en effet (auquel je n’ai jamais joué), mais bon, là Damnés me semble avoir plus le potentiel de faire ce qui m’intéresse.
      Par contre, Les Sopranos, je place cette série sur un piédestal si haut que je peine à croire que des jeux parviennent à reproduire une telle expérience (quelle claque cette série). ^^
      Mais j’imagine que tu parles sur le versant des conflits entre clans et de la violence ?

  9. edophoenixNo Gravatar dit :

    Ah, justement, c’est quelque chose qui ne relèverait pas du JdR classique ou « traditionnel », mais du roleplay.
    En même temps, je ne me risquerai pas à prétendre crér un système pour cela à l’heure actuelle, ça dépasse de loin ma compétence de créateur « amateur », tant il est vrai que ça me paraît une gageure de retransrcire justement le tragique du vampire qui se complait dans l’illusion qu’il peut encore revivre ce qu’il a perdu pour ne pas sombrer dans le désespoir et devenir un monstre sans âme (l’histoire de Bram Stoker vu de l’autre côté, en somme).

    Il est vrai que même dans les jeux plutôt psychologiques ou drama, l’enjeu provient comme toujours de ce que le personnage peut gagner (réaliser ses rêves, ses ambitions, trouver ou garder l’amour, etc.) et perdre, alors que là, le vampire ne peut pas perdre même la seule chose à quoi il s’accroche : ses illusions d’être encore en vie.
    C’est ce qui fait son essence.
    Et finalement, ça explique aussi la cruauté impitoyable du vampire traditionnel : il sera forcément violent envers tout ce qui peut lui rappeler qu’il n’est pas vivant – c’est-à-dire justement tout ce qui *est* vivant -, pour se défendre contre le désespoir vers lequel cela l’entrainerait…
    (enfin, c’est du moins ma vision du vampire)

    • J’avoue que considérer l’approche sous l’angle du seul roleplay ne m’intéresse pas du tout, parce qu’il met la charge de la qualité de la partie sur les épaules des participants et je ne m’oriente pas du tout vers ça dans mon champ de recherche sur le JdR.
      Et puis, on a pas mal dépassé l’idée que le système n’avait aucun impact là-dessus. ;)

  10. edophoenixNo Gravatar dit :

    Il y a malentendu : je ne considère pas que le roleplay ne dépend que des participants, d’abord parce que la part de roleplay dans les parties dépend du contrat social, et ensuite, surtout, parce que les mécaniques de jeu peuvent l’encourager ou le décourager (tu es d’ailleurs l’un de ceux qui m’en ont fait prendre conscience avec Prosopopée) !

    • Ah, OK, oups, désolé. ^^’
      C’est aussi un peu le pb avec le terme roleplay, ça a l’air super clair pour tout le monde, mais c’est pas facile de savoir si on met les mêmes choses derrière.

  11. edophoenixNo Gravatar dit :

    C’est vrai, je n’ai pas été très précis, tu as raison..!

  12. J’ai trouvé ce que j’espérais de V:lM (y compris la société féodale et décadente, les magouilles millénaires…) en n’y jouant qu’en GN.

  13. Pour une fois, je ne suis pas vraiment d’accord avec ton analyse, même si je la comprends. Elle semble fortement liée à la manière de jouer de votre groupe de l’époque, ancré dans une approche du jeu de rôle encore influencée par le bon vieux papa D&D, sans doute.
    Je trouve pour ma part que le système de règles de Vampire propose de véritables outils pour intégrer des éléments relationnels profonds au jeu des personnages. Par exemple avec les avantages ou inconvénients sociaux (mentor, âme sœur…)
    Le système d’Humanité est un outil dynamique qui aide à faire évoluer la psychologie du personnage.
    Mais Vampire reste une boîte à outils, que chaque groupe peut utiliser de manière très différente. J’ai mené plusieurs parties sans aucun combat à Vampire sans aucun problème, par exemple, mais j’ai aussi joué un Gangrel bestial capable de combattre comme un dingue pendant des heures…
    C’est peut-être ce flou artistique qui a participé au succès du jeu, qui a su séduire à l’époque autant les amateurs de combat tactique que d’interactions sociales.
    Pour ma part, l’influence d’Anne Rice (par les romans plutôt que le film issu de son premier, d’ailleurs, même si je le trouve super) a été majeure dans ma vision du jeu de rôle Vampire et dans la manière d’y jouer ou de mener des parties. Je me suis d’ailleurs rapidement tourné vers Vampire Requiem, qui me semblait plus propice à jouer de cette manière… et je l’ai rapidement beaucoup retouché pour accentuer encore le côté « ricien »… jusqu’à partir vers la création d’un jeu nouveau avec d’autres immortels… mais c’est une autre histoire…
    Merci pour cette jolie comparaison en tout cas !

    • Merci pour ce retour Benoît !
      Alors, en effet, je ne dis pas que c’est impossible à faire avec VLM. Je suis sûr que ça a pu se produire à pas mal de tables et aujourd’hui, si je le menais, j’aurais les outils pour ça (que j’aurais emprunté à d’autres jeux).
      Je dis plutôt qu’il ne suffit pas de dire « vous pouvez le faire si vous le voulez ». Parce que c’est un glissement en terme de pratique et de système (au sens de comment on joue et comment on applique les règles) qui est difficile à mettre en oeuvre si on n’en a jamais fait l’expérience avant.

      Et pour renvoyer à mes game designs, on me demande assez souvent pourquoi je « spécialise » mes jeux (par exemple, dans Démiurges, je déconseille d’orienter le but commun des joueurs vers la découverte et la compréhension de secrets du monde, parce que ça retire du pouvoir décisionnel aux joueurs et parce que ça peut entrer en Conflit avec le reste du jeu), mais c’est justement parce que le type d’expérience proposée étant minoritaire, il faut que je fournisse un maximum d’outils pour qu’elle puisse exister dans les parties qui en seront faites.
      Si je laissais les tables s’approprier le jeu, la plupart du temps leurs parties ressembleraient à ce qu’elles font déjà avec d’autres jeux.
      C’est un parti pris risqué, puisque ça veut dire que je rends mon jeu moins adapté au « tout venant », mais c’est ce que je recherche moi-même en tant que joueur et MJ.

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